• Action et tract anti-Linky par les opposants du Livradois-Forez (63)

    Récit d'une action contre les compteurs communicants à Perignat-lès-Sarliève (63) le 21 septembre 2016.

    Mercredi 21 septembre 2016, nous (un petit groupe d'une douzaine de personnes qui pouvaient être disponibles) avons décidé de nous rendre à Pérignat-lès-Sarliève à 15h car nous avions appris par la presse que le nouveau compteur Linky allait être installé chez un particulier puis inauguré. L'heure de l'inauguration n'avait pas été communiqué dans le journal, quelqu'unE s'était donc renseigné auprès de la mairie.

     IntéresséEs et vigilantEs, nous nous sommes rendues sur le site : une maison proche de la mairie. Notre but était de leur lire un tract d'information sur les inconvénients du compteur Linky.

     Là, nous avons assisté à une réunion d'une vingtaine de personnes, à peu près toutes issues du groupe ENEDIS, nouveau nom d'ERDF ou d'entreprise similaire, la commune et peut-être la communauté de communes. L'objectif de cette réunion était de faire de cette inauguration un « entre soi », sans aucunE habitantE du lieu, pour s'auto-congratuler sur le bien fondé de la mise en service de ce compteur intelligent si merveilleux. Lorsque nous nous sommes approchéEs, le personnel organisateur de la Mairie, nous a demandé si nous étions des habitants de Pérignat-lès-Sarliève. Nous leur avons évidement répondu par l'affirmative. Pendant ce temps, un ouvrier était en train de poser le compteur et une personne de Enedis commentait la pause. Voyant que nous ne pouvions pas prendre la parole directement. Nous sommes intervenuEs en posant des questions et en argumentant. Le grand chambellan de Enedis a pris la parole : « Nous savons que les gens se posent des question, et d’ailleurs nous avons toutes les réponses ! ». Voici quelques exemples de l’échange qui a suivi :

    « Pourquoi est-il nécessaire de supprimer les anciens compteurs et de les remplacer par des compteurs Linky, alors qu'ils fonctionnent parfaitement ?

    La réponse : c'est une directive Européenne et cela a pour but d’accompagner la libéralisation du marché de l’électricité.

    - Qu'allez-vous faire des anciens compteurs ?

    La réponse : Ils seront retraités proprement

    - Nous ne voulons pas de compteur Linky, pouvons nous nous opposer à sa mise en service ?

    La réponse : Non car c'est une directive européenne.

    - Nous ne souhaitons pas avoir de compteurs mouchards dans nos maisons !

    La réponse : Ce n'est pas un mouchard, il est intelligent, les gens seront heureux de savoir pourquoi leur facture a augmenté.

    - Qui va payer la facture de la fabrication de ces compteurs

    La réponse : Personne, c'est l'entreprise qui a tout pris en charge.

    - Dans nos territoires ruraux, on ferme les services publics comme les maternités, les hôpitaux, les Centre IVG alors que la population souhaitent que ces services soient maintenus, vous nous imposez un service que personne ne demande, vous dépensez l'argent public pour un produit qui existe déjà !

    La réponse : ça, c'est un débat de fond. Tout le monde veut de la croissance. On suit les directives européennes.»

    Donc tout va très bien.

    Évidemment, à la suite de ces échanges, toutes ces personnes trouvaient que nous posions beaucoup trop de questions, créions « la polémique » et que nous prenions trop de place. La police est arrivée, nous a demandé qui nous étions et nous a indiqué que nous n'étions pas invitéEs au buffet de la mairie. CertainEs ont pu tout de même entrer pendant que d'autres posaient des tracts sur les voitures qui étaient garées autour. Les voisins proches de la Mairie nous ont indiqué qu'ils avaient déjà un compteur Linky, mais qu'il ne fonctionnait pas. Ce qui nous a permis de comprendre que cette célébration était plus qu'un geste symbolique, que le processus était engagé et que plusieurs compteurs avaient déjà été posés.

     Après cette intervention qui a dû durer environ 30mn, prenant encore plus conscience de l'urgence de la lutte, nous avons convenu de remobiliser les personnes et les communes qui avaient déjà manifesté leur désaccord sur la mise en place des compteurs Linky. Nous envisageons des rendez-vous publics avec des spécialistes, de diffuser de l'information pendant le marché d'Ambert, de relancer les courriers restés sans réponse auprès des communes qui n'ont pas encore répondu pour refuser l’installation de concentrateur sur leur site, de relancer la réflexion, de tenter une pétition... et toutes les idées que nous pourrions toutes et tous avoir pour mener à bien cette lutte.


    Voici ci-après le texte qui fut distribué à l'assistance ce jour-là :


    Compteurs Linky : quand le contrôle entre par effraction.
    Ou comment l’écologie, recyclée par le capitalisme vert, devient un outil de surveillance
    sans précédent au service d’intérêts administratifs et commerciaux.




    Informés par la presse locale, nous apprenons la tenue ce mercredi 21 septembre à
    Perignat-les-Sarlièves d’une « cérémonie » en l’honneur du premier compteur Linky de
    l’agglomération, dans le cadre du projet de remplacement intégral des 35 millions de
    compteurs d’électricité en compteurs dits « communicants ».
    Contrairement aux élus et technocrates présents ce jour, nous n’y voyons vraiment
    aucun motif à faire la fête.
    Contrairement à ces gens, nous n’avons rien à gagner et tout à perdre au
    développement des compteurs Linky et de la « planète intelligente ».
    Nous ne pensons pas non plus, comme ils aimeraient que nous le fassions, que
    l’avènement de ces technologies intrusives de contrôle représente l’avenir inéluctable de
    notre société. Au contraire, nous pensons que ce qui nous est présenté comme un « progrès »
    n’est que la conséquence d’un lobbying acharné de Start ups, de labos et d’élus, coïncidant
    avec les intérêts industriels de grands groupes et la volonté de contrôle des États. Processus
    dans lequel le « bas peuple » ne doit en aucun cas « figurer ».
    Les compteurs communicants s'inscrivent dans le projet industriel et politique des
    Smart Grids (réseaux communicants) et de la Smart City. Interconnecter tout ce qui peut
    devenir un capteur sur le réseau (compteur d'eau ou d’électricité, smartphone, voiture,
    chaussures, frigo... etc) afin de générer autant d'informations que possible (données) sur la
    vie de tous les jours afin d'en faciliter la « gestion » pour les institutions publiques et
    commerciales.
    Ces données sont traitées par des algorithmes de calcul et des automates (le fameux
    Big Data) qui confère un pouvoir important à ceux qui les mettent en place (contrôle des
    individus, prédiction des comportements...). On sait également depuis l'affaire Snowden
    qu'il n'est plus aucun garde-fou qui puisse garantir le respect de la vie privée devant l'appétit
    de surveillance des puissances étatiques.
    Mais c'est également parce qu'ils permettront aux acteurs du marché de l’énergie de
    connaître et de revendre nos registres de consommation en temps réel ( et par appareil ), et
    d'en déduire notre présence ou non à domicile, le nombre de personnes résidentes, l'usage de
    certains appareils, que nous considérons que ces compteurs représentent un grand recul en
    terme de liberté et de vie privée.
    Par ailleurs, le marché de l’électricité se transforme lui aussi à l'occasion du
    déploiement des Smart Grids : à présent 40 tarifs différents seront possibles et il vous faudra
    impérativement être connectés pour en bénéficier (smartphone, tablettes...). Un nouveau
    consommateur devra apparaître de gré ou de force, rivé à ses écrans, scrutant et
    programmant sans cesse pour « optimiser » sa facture. On assistera donc à une fracture entre
    la population « connectée » et celle qui ne l'est pas et une accentuation du caractère
    totalitaire des nouvelles technologie qui, bien que non obligatoire, le sont pratiquement déjàde fait. Linky permettra également à Enedis la coupure à distance ou « l'effacement »
    (réduction de puissance momentanée).
    Les compteurs communicants, qui ont été impulsés par la « loi pour la transition
    énergétique et pour la croissance verte » sont prétendument censés contribuer à la
    conversion du pays aux énergies renouvelables mais nous croyons que la couleur vert
    pomme de Linky n'est qu'une façade. Premièrement parce que nous allons détruire 35
    millions de compteurs d’électricité fonctionnels ayant une durée de vie de 60 ans ( donc
    autant de déchets à retraiter ) pour les remplacer par d'autres, chargés de puces à silicium,
    d'or, de coltan, de néodyme, etc... Autant de matières posant problème à l'extraction, au
    retraitement, ou les deux, et dont un grand nombre seront épuisées avant le pétrole.
    Qui plus est, cette « écologie connectée » a une face cachée non négligeable : les
    Data Centers, ces centres de stockage des données qui nécessitent un approvisionnement
    colossal et croissant en électricité ( en 2013 ils consommaient déjà l'équivalent de la
    production de 30 centrales nucléaires ).
    L'un des arguments avancées par Enedis pour installer Linky serait les économies
    d’énergies réalisées par la gestion instantanée ( éventuellement à distance) de la
    consommation du foyer. Or il a été démontré que toute économie d’énergie dans une
    économie de croissance se traduit par un réinvestissement de l'énergie économisée vers de
    nouvelles dépenses énergétiques : il s'agit de « l'effet rebond ». Par exemple les écrans plats
    consomment moins d'énergie que les cathodiques à taille égale. Désormais on se permet
    donc des écrans trois fois plus grands. L'effet rebond a annulé le gain énergétique. Il est
    donc impensable de croire que ce nouveau compteur puisse avoir le moindre bénéfice
    écologique.
    Plus généralement, accepter la Smart City, au sein de laquelle les compteurs Linky ne
    seront qu’une « brique » parmi d’autres, c’est accepter de s’en remettre précisément à ceux
    qui n’ont cessé de détruire la planète et la dignité humaine pour mettre en œuvre des
    solutions aux problèmes qu’ils ont eux mêmes engendrés. Nous préférons rester
    raisonnables et avancer que c’est avant tout le capitalisme qu’ils veulent sauver.
    Notons qu’il existe à l’heure actuelle une controverse sur la nocivité de certaines
    ondes engendrée par le système Linky. Cette question ne semble pas résolue et la
    précipitation avec laquelle Enedis s’emploie à implanter ces appareils transforme le
    programme Linky en une gigantesque expérience dont nous sommes les cobayes.
    Devant la fronde qu’affronte actuellement le programme Linky, nous savons
    qu’Enedis diffuse auprès des agents et des élus ses « éléments de langage », destinés à
    rendre acceptable la technologie contestée. Nous affirmons ici qu’il n’est point besoin de
    nous « réexpliquer » les bienfaits du contrôle de tous les actes de notre quotidien par des
    machines. Aucune « pédagogie » ne saura plus désamorcer notre sentiment de colère qui
    n’est que la moindre des choses au regard de ce que deviennent nos vies jetées en pâture aux
    industriels.


    Big Cata’, Perignat-lès-Sarliève, sept 2016